Maltraitance des personnes âgées : que faire en cas de suspicion ?
La maltraitance des personnes âgées peut prendre différentes formes : violences physiques ou psychologiques, abus financiers, négligences, privation de soins ou atteinte aux droits et à la dignité. Elle peut survenir à domicile comme en établissement, notamment lorsqu’une personne dépendante est en situation de vulnérabilité.
Face à un doute, il n’est pas toujours facile de savoir comment réagir. Faut-il en parler à la personne concernée ? À un médecin ? À l’établissement ? Quand faut-il effectuer un signalement ?
Voici les principaux réflexes à adopter pour repérer une situation préoccupante, protéger la personne âgée et effectuer un signalement adapté.
Qu’est-ce que la maltraitance d’une personne âgée ?
Selon la définition reprise par le site officiel Pour les personnes âgées, une situation de maltraitance peut résulter d’un geste, d’une parole, d’une action ou d’un défaut d’action portant atteinte aux droits, aux besoins fondamentaux, à la santé ou au développement d’une personne vulnérable, dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d’accompagnement.
La maltraitance peut être ponctuelle ou répétée, intentionnelle ou non. Elle peut également être individuelle, collective ou institutionnelle.
Elle ne se limite donc pas aux violences physiques.
Les principales formes de maltraitance
On peut notamment rencontrer :
- maltraitance physique : coups, blessures, gestes brutaux ou contention inappropriée ;
- maltraitance psychologique : insultes, humiliations, menaces, dévalorisation, intimidation ou isolement ;
- maltraitance financière ou matérielle : abus, escroquerie, détournement d'argent ou de biens ;
- maltraitance liée aux soins : privation de soins, défaut de prise en charge ou soins inadaptés ;
- négligences : absence de réponse aux besoins essentiels, défaut d'hygiène ou de surveillance ;
- atteintes aux droits et à la dignité : non-respect de l'intimité, des choix ou du consentement de la personne.
Ces différentes formes peuvent être associées dans une même situation.
1. Repérer les signes qui doivent alerter
Une suspicion de maltraitance repose rarement sur un seul indice. Il est important d'être attentif aux changements inhabituels dans le comportement, l'état physique ou la situation de la personne.
La Haute Autorité de Santé recommande notamment une vigilance particulière lorsqu'une personne présente une forte perte d'autonomie, des troubles de la communication ou des troubles neurocognitifs majeurs. Elle recommande également de rester attentif aux « signaux faibles » et d'échanger avec la personne concernée lorsque cela est possible.
Signes physiques
Certains éléments peuvent nécessiter une attention particulière :
- blessures ou ecchymoses inexpliquées ;
- chutes répétées dont les circonstances restent imprécises ;
- perte de poids ou signes de dénutrition ;
- dégradation inhabituelle de l'hygiène ;
- douleurs ou problèmes de santé insuffisamment pris en charge.
Signes psychologiques ou comportementaux
Une personne âgée peut également manifester sa souffrance de manière indirecte :
- peur ou anxiété inhabituelle ;
- repli sur soi ;
- tristesse ou changement soudain de comportement ;
- refus de parler en présence d'une personne de l'entourage ;
- perte de confiance ou dévalorisation ;
- attitude inhabituelle envers certains professionnels ou proches.
Signes financiers
Une modification inexpliquée de la situation financière peut également constituer un signal d'alerte :
- disparition d'argent ou d'objets personnels ;
- opérations bancaires inhabituelles ;
- pression exercée pour obtenir une procuration ;
- contrats ou achats que la personne ne semble pas comprendre.
Signes liés aux soins ou à l'accompagnement
Une vigilance particulière peut être nécessaire lorsqu'on constate :
- des soins régulièrement oubliés ou retardés ;
- une absence de réponse à certains besoins essentiels ;
- une prise médicamenteuse qui semble inadaptée ;
- un manque d'attention concernant l'hygiène, l'alimentation ou l'hydratation ;
- le non-respect des choix ou de l'intimité de la personne.
Un signe isolé ne permet pas à lui seul de conclure à une situation de maltraitance. Il doit toutefois être pris au sérieux lorsqu'il est inhabituel, répété ou associé à d'autres éléments.
2. Échanger avec la personne âgée
Lorsque la situation le permet, il est préférable de parler directement avec la personne concernée, dans un environnement calme et suffisamment confidentiel.
Quelques principes peuvent aider :
- poser des questions ouvertes ;
- laisser la personne s'exprimer sans l'interrompre ;
- éviter de lui suggérer immédiatement une réponse ;
- ne pas minimiser ce qu'elle raconte ;
- respecter son rythme et ses choix ;
- lui rappeler qu'elle peut demander de l'aide.
La Haute Autorité de Santé recommande d'associer autant que possible la personne accueillie à l'évaluation des signes observés.
Il est également important de ne pas mener soi-même une enquête. En cas de doute sérieux, le rôle de l'aidant ou du témoin est avant tout de recueillir les éléments dont il dispose et d'alerter les interlocuteurs compétents.
3. Que faire en cas de suspicion de maltraitance ?
Depuis le 1er mars 2026, le numéro national 3133 a remplacé le 3977.
Le 3133 est destiné aux victimes et aux témoins de maltraitances envers les adultes vulnérables, notamment les personnes âgées. Il est gratuit, accessible 7 jours sur 7 de 9 h à 20 h. Des professionnels formés peuvent écouter, conseiller et orienter les personnes confrontées à une situation de maltraitance.
Le 3133 : le réflexe en cas de doute
Il n'est pas nécessaire d'attendre d'avoir la certitude qu'une maltraitance est commise pour demander conseil.
Le dispositif permet notamment :
- d'exposer la situation à un professionnel formé ;
- d'être conseillé sur la conduite à tenir ;
- d'être orienté vers l'interlocuteur compétent ;
- lorsque les faits relèvent d'une situation de maltraitance, de permettre leur transmission aux autorités compétentes selon les circonstances.
Un formulaire de signalement en ligne complète également le dispositif national mis en place en 2026.
4. Et si la maltraitance a lieu en EHPAD ou dans un établissement ?
Lorsqu'un doute concerne un professionnel travaillant dans un établissement ou un service, le site officiel Pour les personnes âgées recommande notamment d'informer le supérieur hiérarchique de la situation.
Selon la situation, d'autres interlocuteurs peuvent également être concernés : professionnel de santé, médecin, services sociaux, autorités administratives ou judiciaires.
Dans les établissements et services médico-sociaux, le repérage des risques et des signaux de maltraitance fait partie des démarches de prévention et de bientraitance. La HAS met notamment à disposition des professionnels des outils de repérage des facteurs de risque et des signaux d'alerte.
5. En cas de danger grave ou imminent : appeler les services d'urgence
Lorsqu'une personne âgée est confrontée à un danger grave et imminent, il ne faut pas attendre.
Les services officiels recommandent notamment de contacter :
- 17 : police ou gendarmerie ;
- 15 : SAMU ;
- 18 : sapeurs-pompiers ;
- 112 : numéro d'urgence européen ;
- 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Dans les situations d'urgence ou de danger imminent et manifeste, un signalement peut également être effectué auprès du procureur de la République.
6. Ne pas confondre négligence et maltraitance volontaire
Une situation de maltraitance n'est pas nécessairement le résultat d'une volonté de nuire.
La définition institutionnelle rappelle que les situations peuvent être intentionnelles ou non. Une négligence, un défaut d'action ou une organisation inadaptée peuvent également porter atteinte aux droits, à la santé ou aux besoins fondamentaux d'une personne vulnérable.
Cela ne signifie pas qu'il faut minimiser la situation. Au contraire, l'identification précoce des difficultés permet de rechercher des solutions avant que la situation ne s'aggrave.
7. Prévenir la maltraitance : préserver les droits, l'autonomie et la dignité
La prévention repose notamment sur une culture de la bientraitance, le respect des droits de la personne et une vigilance collective.
Pour les proches comme pour les professionnels, cela implique notamment de :
- respecter les choix et les habitudes de la personne ;
- préserver son intimité ;
- favoriser autant que possible son autonomie ;
- prendre en compte ses besoins et ses préférences ;
- maintenir un dialogue avec les proches et les professionnels ;
- rester attentif aux changements physiques ou comportementaux ;
- signaler rapidement les situations préoccupantes.
Le Gouvernement inscrit la prévention, le repérage et le signalement des maltraitances dans sa stratégie nationale de lutte contre les maltraitances.
Maltraitance d'une personne âgée : les bons réflexes à retenir
Face à une situation préoccupante, il est possible de retenir quatre réflexes simples :
Observer → écouter → signaler → protéger.
Il n'est pas nécessaire d'être un professionnel pour réagir. Un proche, un aidant, un voisin ou un professionnel qui constate une situation inhabituelle peut demander conseil et être orienté.
Le 3133 constitue aujourd'hui le numéro national de référence pour les victimes et témoins de maltraitances envers les adultes vulnérables. En cas de danger grave et imminent, les services d'urgence doivent être contactés directement.
Sources institutionnelles
- Ministère du Travail et des Solidarités – Agir contre les maltraitances : ressources officielles et dispositif national de lutte contre les maltraitances.
- Pour-les-personnes-agees.gouv.fr – Que faire en cas de maltraitance ? : démarches, définition de la maltraitance et numéros d'urgence.
- Pour-les-personnes-agees.gouv.fr – 3133 : fonctionnement du nouveau numéro national.
- Haute Autorité de Santé (HAS) : outils de repérage des risques et signaux de maltraitance.
À retenir : le 3977 n'est plus le numéro à utiliser. Depuis le 1er mars 2026, il est remplacé par le 3133.
Partager ce contenu